Google va relâcher 64 millions de moustiques infectés pour les éradiquer
Verily, la branche sciences de la vie d'Alphabet, demande l'autorisation de relâcher des moustiques mâles porteurs de Wolbachia en Californie et Floride. Un essai à Singapour a réduit la dengue de 70 %.

Le programme Debug : 64 millions de moustiques en deux ans
Google LLC a déposé en mai 2026 une demande de permis expérimental auprès de l'EPA (agence environnementale américaine) pour relâcher jusqu'à 16 millions de moustiques mâles par an et par État, en Californie et en Floride. Au total : 64 millions d'insectes sur deux ans. La période de consultation publique s'est clôturée le 5 juin 2026 ; l'EPA n'a pas encore rendu sa décision.
Le titre a saturé les réseaux sociaux début juin. « Google lâche des moustiques infectés » a alimenté les théories conspirationnistes sur les géants technologiques jouant aux apprentis sorciers. La réalité est plus prosaïque : il s'agit d'un programme scientifique rigoureux, porté par Verily, la branche sciences de la vie d'Alphabet.
Wolbachia : 40 ans de recherche entomologique
Le mécanisme repose sur l'incompatibilité cytoplasmique induite par Wolbachia pipientis, une bactérie que les entomologistes étudient depuis les années 1980. Cette bactérie, naturellement présente chez environ 60 % des espèces d'insectes sur Terre, provoque une stérilité reproductive lorsqu'un mâle porteur s'accouple avec une femelle sauvage qui ne l'est pas. Les œufs fécondés n'éclosent jamais. Génération après génération, la population cible s'effondre.
Précision capitale : les moustiques relâchés sont exclusivement des mâles. Ils ne piquent pas, ne transmettent aucune maladie, et Wolbachia est inoffensive pour les humains comme pour les animaux. Aucun organisme génétiquement modifié n'entre en jeu. Aucun pesticide n'est dispersé. L'EPA classe néanmoins Wolbachia comme « pesticide chimique » au sens du FIFRA (Federal Insecticide, Fungicide, and Rodenticide Act), ce qui impose ce processus d'autorisation.
Les preuves scientifiques s'accumulent
En février 2026, un essai clinique randomisé mené à Singapour sur plus de 700 000 résidents, publié dans le New England Journal of Medicine, a démontré une réduction de plus de 70 % du risque de dengue symptomatique dans les zones traitées. Les populations de moustiques femelles Aedes aegypti y ont chuté de manière spectaculaire en trois mois.
Ces résultats donnent du poids à l'approche de Verily. Au Brésil, la méthode a déjà franchi le seuil de l'expérimentation pour entrer dans l'arsenal sanitaire national. À Singapour, les lâchers couvriront plus de 50 % des foyers d'ici fin 2026.
Un élargissement stratégique : du tigre au Nil occidental
Un détail passe largement inaperçu dans la couverture médiatique. Les premiers essais Debug, en 2017 à Fresno, ciblaient Aedes aegypti, le moustique tigre vecteur de la dengue et du Zika. La demande déposée en 2025 vise une tout autre espèce : Culex quinquefasciatus, le moustique commun du sud, principal vecteur du virus du Nil occidental aux États-Unis.
Google élargit donc le spectre d'application de sa technologie à un problème sanitaire spécifiquement nord-américain. Il y a deux ans, le ministère de la Santé américain a décidé d'adopter Wolbachia comme initiative de santé publique, l'intégrant à sa stratégie de lutte contre la dengue.
Implications pour la francophonie
En France, le moustique tigre a colonisé la quasi-totalité du territoire métropolitain et des cas autochtones de dengue apparaissent chaque été. La lutte anti-vectorielle européenne amorce sa propre mue : des programmes pilotes testent déjà le largage de moustiques mâles stériles par drone. Wolbachia pourrait y ajouter un complément redoutable.
La question mérite d'être posée aux autorités sanitaires francophones : comment intégrer cette technologie éprouvée dans les stratégies régionales de contrôle des vecteurs ?
Prochaines étapes
L'EPA tranchera dans les prochaines semaines. La décision américaine influencera probablement les discussions réglementaires en Europe et dans les pays francophones.
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