ethicsPublié le 18 juin 20263 min de lecture

Le chef de la sécurité Android quitte Google : « La direction a perdu toute boussole morale »

René Mayrhofer, neuf ans chez Google, démissionne après le contrat militaire du groupe avec le Pentagone. IA d'armes, surveillance : les principes éthiques de 2018 ont disparu.

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Un départ qui fait du bruit

René Mayrhofer quitte Google après neuf ans. Le chef de la sécurité d'Android a publié sa lettre de démission sur son blog, titrée Google Management Has Lost Its Moral Compass. Son départ intervient après un contrat signé fin avril entre Google et le département de la Défense américain.

Ce contrat autorise le Pentagone à utiliser les modèles d'IA du groupe pour des travaux classifiés, la planification d'opérations militaires et le renseignement. Pour Mayrhofer, pacifiste, c'est la ligne rouge : « Contribuer activement à faire du mal à des êtres humains n'est pas quelque chose que je peux ou veux cautionner. »

De 2018 à 2026 : le revirement complet

Le parcours de Mayrhofer chez Google épouse celui des principes éthiques du groupe. En 2018, après une révolte interne contre le Project Maven (un programme d'analyse d'images de drones pour le Pentagone), Google avait publié des engagements clairs : pas d'IA pour les armes, pas d'IA pour la surveillance. Mayrhofer avait signé la pétition des employés. Google avait alors renoncé au contrat.

Sept ans plus tard, le virage est total. En février 2025, Google a discrètement supprimé de ses principes IA la section listant les usages proscrits : armes, surveillance, technologies susceptibles de causer un préjudice. La modification, annoncée par Demis Hassabis (PDG de DeepMind) et James Manyika, n'a fait l'objet d'aucune communication interne selon Mayrhofer.

« Rien de tout cela n'est débattu ni communiqué au sein de l'entreprise. Les décisions sont prises par le sommet, point », écrit-il. Le PDF original reste accessible sur la Wayback Machine.

Un universitaire européen face à une clause sans limites

Mayrhofer n'est pas seulement un cadre de la Silicon Valley. Professeur titulaire à l'université Johannes Kepler de Linz en Autriche, il lit le contrat Google-Pentagone avec des yeux d'Européen. Ce qui l'alarme : l'accord autorise l'armée américaine à utiliser l'IA de Google pour « tout usage légal » (any lawful purpose), sans restriction de périmètre.

Autrement dit, la seule limite est ce que le gouvernement américain considère lui-même comme légal. Or, selon Mayrhofer, cette administration « a déjà violé à plusieurs reprises le droit international ». Il cite un avertissement de l'université KU Leuven en Belgique, qui a déconseillé à son personnel de collaborer avec des établissements américains.

Sa crainte : que cette définition élastique englobe la surveillance de citoyens européens. « Ce deal implique que les produits Google seront probablement utilisés directement contre moi et les miens. Dans ce contexte, je ne vois pas comment je pourrais ne pas démissionner. »

Un signal rare depuis la Silicon Valley

Mayrhofer n'est pas seul à exprimer son malaise. En avril, Andreas Kirsch, chercheur chez Google DeepMind, avait déclaré à Business Insider avoir « incroyablement honte » de la décision de Google. Mais Mayrhofer est le plus haut cadre à franchir le pas publiquement.

« Je suis conscient qu'en tant qu'universitaire titulaire dans l'UE, je suis assez privilégié. Beaucoup d'autres n'ont pas cette liberté », reconnaît-il. Son préavis court jusqu'en août. Il a annoncé qu'il se déconnecterait immédiatement de tout travail sur des systèmes d'IA susceptibles de tomber sous le coup de l'accord militaire.

« J'espère désespérément que la direction de Google retrouvera sa boussole morale », conclut-il.

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