ethicsPublié le 12 juin 20263 min de lecture

Roger Félix Adom (ARTCI) : « Pas de souveraineté numérique sans maîtrise des données »

À Abidjan, le président du Conseil de régulation de l'ARTCI appelle l'Afrique à harmoniser sa régulation des données et à s'affirmer face aux géants technologiques mondiaux.

السيادة الرقمية الأفريقية: البيانات هي المفتاح

Une conférence africaine pour la souveraineté numérique

Le Réseau africain des autorités de protection des données personnelles (RAPDP) tient sa neuvième conférence à Abidjan du 18 au 21 mai 2026. Vingt-quatre délégations africaines y participent, réunies autour d'un enjeu stratégique : bâtir une régulation harmonisée des données capable de préserver la souveraineté numérique du continent.

Roger Félix Adom, président du Conseil de régulation de l'Autorité de Régulation des Télécommunications/TIC de Côte d'Ivoire (ARTCI), a énoncé le principe fondateur de la rencontre : « Il ne peut y avoir de souveraineté numérique sans maîtrise des données ».

Un paysage réglementaire fragmenté

Plus de 35 pays africains disposent désormais d'une législation sur la protection des données. Cependant, cette mosaïque de cadres juridiques reste profondément fragmentée, ce qui ralentit les flux de données transfrontaliers et affaiblit la position du continent face aux géants technologiques mondiaux.

Cette fragmentation empêche l'émergence d'une gouvernance numérique commune et rend l'Afrique vulnérable aux enjeux de géopolitique des données. La conférence d'Abidjan vise à transformer cette situation en proposant un modèle harmonisé, inspiré des meilleures pratiques internationales tout en restant ancré dans les réalités locales.

Réguler sans paralyser l'innovation

Roger Félix Adom a défendu un rôle actif de la régulation. Contrairement à une idée reçue, réguler ne signifie pas bloquer les affaires, mais créer un cadre transparent, équitable et prévisible. Ce cadre doit sécuriser les administrations, développer les entreprises et protéger les citoyens.

Le ministre ivoirien de la Transition numérique et de l'Innovation technologique, Djibril Ouattara, a insisté sur le défi contemporain : réguler sans paralyser l'innovation. Il a exhorté les autorités africaines à concevoir un modèle harmonisé, largement inspiré du Règlement général européen sur la protection des données (RGPD) mais profondément enraciné dans les spécificités du continent.

L'Afrique, productrice de normes

Le président du Conseil de régulation a rappelé que la donnée personnelle touche directement à l'identité, à la dignité et à la liberté humaine. Face à cet enjeu, l'Afrique ne doit plus se cantonner à un rôle de simple consommatrice de technologies.

Le continent a l'obligation de devenir un espace de pensée autonome, de production de normes et de défense des droits fondamentaux. Cette transformation est essentielle pour assurer la souveraineté technologique africaine face aux flux transfrontaliers de données.

L'ambition ivoirienne à l'horizon 2027–2030

La Côte d'Ivoire ambitionne de s'imposer comme un pôle régional majeur de la confiance numérique d'ici 2027–2030. Cette stratégie repose sur trois piliers : la cybersécurité, l'innovation technologique et une régulation stricte de l'intelligence artificielle, du cloud et des données massives.

La conférence d'Abidjan marque également la première sortie officielle du nouveau Conseil de régulation de l'ARTCI, nommé le 21 avril 2026. Les travaux en cours visent à transformer les ambitions politiques en engagements techniques et opérationnels, avec des résolutions finales destinées à unifier le marché numérique africain.

Articles liés