L'industrie de l'IA s'invite dans les élections américaines de mi-mandat
Des géants de l'IA dépensent des millions pour influencer les élections américaines. Objectif : bloquer les candidats favorables à une régulation plus stricte du secteur.

Un district bleu foncé devient un champ de bataille
Le 12e district électoral de New York, qui englobe le centre de Manhattan et Upper East Side, n'a jamais été compétitif. En 2024, le représentant démocrate Jerry Nadler, élu depuis 1992, l'a emporté avec plus de 80 % des voix. Pourtant, ce territoire bleu foncé reçoit cette année des investissements électoraux massifs — parmi les plus importants de l'État.
La raison : un candidat aux primaires démocrates nommé Alex Bores. Élu à l'Assemblée de New York depuis 2023, ce diplômé en informatique est devenu une figure centrale dans la lutte pour encadrer le développement de l'intelligence artificielle aux États-Unis.
Le RAISE Act : une menace pour l'industrie
À Albany, la capitale de l'État, Bores a présenté et défendu le RAISE Act (Responsible AI Safety and Education Act). Cette loi oblige les plus grandes entreprises d'IA à fournir un plan expliquant comment elles limitent les risques liés à la technologie.
L'idée que cet élu puisse faire le saut à Washington déplaît fortement à certains géants du secteur. Un super PAC nommé Leading the Future a investi des millions de dollars en publicités contre Bores dans les primaires du 12e district.
Derrière ce comité se trouvent des figures majeures de l'IA : Joe Lonsdale, cofondateur de Palantir, et Greg Brockmann, cofondateur d'OpenAI. Les dirigeants actuels d'OpenAI se distancient de cette implication politique.
Le message des adversaires de Bores
Dans ses publicités, Leading the Future décrit le RAISE Act comme détruisant l'innovation et privant les New-Yorkais d'emplois. Bores répond en entrevue : « Ils ne m'attaquent pas pour ce que j'ai fait, mais parce qu'ils craignent ce que je vais faire au Congrès — faire adopter des lois fortes qui protègent votre famille et votre emploi. »
Face à cette offensive, Bores peut compter sur l'appui financier de groupes liés à Anthropic, concurrent d'OpenAI plus favorable aux régulations. Selon le San Francisco Chronicle, des personnes associées à Anthropic auraient investi des millions de dollars dans sa campagne.
Une « guerre par procuration »
Darrell West, chercheur senior au Centre pour la technologie de l'Institut Brookings, décrit la situation ainsi : « Il y a une sorte de guerre par procuration. Certaines compagnies, dont Anthropic, se sont prononcées en faveur de certaines régulations, mais l'essentiel de l'argent lié au secteur de l'IA est dépensé au profit de candidats qui s'opposent à davantage de réglementations. »
Cette bataille reflète une inquiétude publique croissante. Un sondage Ipsos pour Reuters en juin montre que 53 % des adultes américains craignent que leur travail ou celui d'un membre de leur famille soit menacé par l'IA. Seuls 37 % n'y voient pas de danger.
West estime que les acteurs liés aux géants de l'IA craignent que ces doutes poussent les législateurs à introduire des projets de loi encadrant le secteur. « En investissant dans les élections de mi-mandat, ils veulent tuer cela dans l'œuf », ajoute-t-il.
Au-delà de New York
Le secteur de l'IA ne s'implique pas qu'à New York. Dans le 10e district du Texas, qui englobe des banlieues d'Austin, le républicain Chris Gober a reçu l'appui de Leading the Future. Un groupe affilié au comité a investi plus de 370 000 $ en publicités en sa faveur.
Au Texas, les comités liés aux géants de l'IA ont dépensé plus de 2,8 millions de dollars pour appuyer sept candidats dans les primaires du printemps.
La première élection de l'IA
L'IA est de plus en plus utilisée par les acteurs politiques américains — les photos et vidéos générées par IA publiées par les comptes officiels de Donald Trump en témoignent régulièrement. Mais cette année marque un tournant : l'industrie elle-même s'invite massivement dans les campagnes.
« En 2024, il y a eu l'argent de la cryptomonnaie et Elon Musk a dépensé des centaines de millions de dollars, mais les intérêts n'étaient pas centrés sur l'IA. Cette fois, c'est vraiment la première élection de l'IA », explique Darrell West.
Jusqu'ici en 2026, les plus grosses sommes dépensées pour les élections de mi-mandat proviennent de secteurs liés à l'IA.
Un test avant novembre
La primaire du 12e district de New York, dont les résultats sont attendus le 23 juin, sera un test de l'efficacité de cette stratégie. Elle servira de répétition générale avant les élections de mi-mandat du 3 novembre, qui s'annoncent déjà comme les plus chères de l'histoire américaine. L'industrie de l'IA contribuera certainement à ce record.
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