IA : « Nous assistons à la naissance d'une nouvelle classe ouvrière »
Millions de travailleurs précaires du Sud entraînent les IA tandis que l'Occident craint pour ses emplois. Le sociologue Antonio Casilli décrypte ce paradoxe.

Une main-d'œuvre invisible au cœur de l'IA
Alors que les économies occidentales redoutent l'impact des intelligences artificielles sur l'emploi, des millions de travailleurs précaires, majoritairement dans les pays du Sud, entraînent ces mêmes systèmes. Ce paradoxe central structure le travail numérique contemporain.
Antonio Casilli, professeur de sociologie à l'Institut polytechnique de Paris, étudie depuis des années cette réalité souvent invisible. Auteur d'En attendant les robots (Seuil, 2019) et coauteur du documentaire Les Sacrifiés de l'IA (2025, pour France Télévisions), il démonte le mythe du remplacement des humains par les machines.
Le travail humain, fondation de l'IA
Les systèmes d'intelligence artificielle ne fonctionnent pas seuls. Ils reposent sur un travail humain massif : annotation de données, labellisation d'images, correction de réponses, évaluation de contenus. Ce travail est fragmenté, précaire et concentré dans les régions où les salaires sont bas.
Casilli appelle cette réalité « la nouvelle classe ouvrière ». Ces travailleurs ne sont pas remplacés par l'IA — ils la construisent, souvent sans reconnaissance ni protection sociale.
Un mythe qui arrange tout le monde
Le discours du remplacement technologique sert les intérêts des grandes entreprises. Il détourne l'attention du véritable enjeu : l'exploitation d'une main-d'œuvre mondiale, fragmentée et précaire.
Cette narration permet aussi aux gouvernements occidentaux de justifier des politiques d'automatisation sans affronter les vraies questions : comment protéger ces travailleurs ? Comment redistribuer les gains de productivité ?
Les défis à venir
La croissance exponentielle des modèles d'IA exige toujours plus de données annotées. Les entreprises cherchent à réduire les coûts en délocalisant ce travail. Sans régulation, cette tendance s'accélère.
La question n'est pas si l'IA remplacera les humains, mais comment organiser le travail numérique de manière juste et durable.
Articles liés
llmAnthropic reconnaît avoir bridé secrètement Fable 5 pour les chercheurs
Anthropic a dû avouer avoir discrètement dégradé les capacités de Fable 5 pour empêcher la création de modèles concurrents. La firme s'engage à rendre ces restrictions visibles.
researchRobot-tondeuse : pourquoi reprogrammer ses horaires pour protéger les hérissons
Les robots-tondeuses ne détectent pas les hérissons la nuit. Une étude danoise le confirme : aucun modèle testé n'a repéré les jeunes hérissons. La solution : interdire la tonte entre 18 h et 9 h.
ethicsL'IA peut-elle s'améliorer seule ? Anthropic demande un ralentissement mondial
Anthropic alerte sur le risque d'une IA capable de s'améliorer sans intervention humaine et appelle à un accord international pour ralentir le développement des systèmes les plus puissants.
researchL'IA devient confidente des jeunes : une fracture générationnelle explosive
Une étude mondiale révèle que près de la moitié des jeunes adultes attendent de l'IA un soutien affectif véritable. Mais l'acceptation varie radicalement selon les régions.
