Québec propose un guide pour intégrer l'IA « responsablement » en entreprise
Le ministre du Travail Jean Boulet lance un guide d'accompagnement en sept phases pour que les entreprises québécoises adoptent l'IA sans sacrifier le jugement humain.

L'IA au travail : un guide québécois
Québec vient de publier un guide d'intégration de l'intelligence artificielle en entreprise. Le document, intitulé L'intelligence artificielle au travail : Guide d'accompagnement pour une intégration responsable, propose une démarche en sept phases, de la définition de la stratégie jusqu'à la mise hors service de la technologie.
Le ministre du Travail, Jean Boulet, insiste : l'adoption de l'IA doit rester « responsable, cohérente et transparente ». L'objectif est que « l'humain demeure au cœur de tout le processus décisionnel ».
Pourquoi maintenant
Ce guide est l'aboutissement d'une recommandation du Comité consultatif du travail et de la main-d'œuvre (CCTM). En 2025, le ministre Boulet avait mandaté le comité pour examiner les enjeux liés à l'implantation de systèmes d'IA dans les milieux de travail québécois. Les grandes centrales syndicales et patronales siègent toutes deux au CCTM.
Le document s'appuie sur les grands principes internationaux, mais reste non contraignant. Il vise à soutenir les entreprises tout en assurant le respect de la législation.
Les risques de la surveillance algorithmique
Le guide traite explicitement des risques que pose l'IA de surveillance sur la santé et la sécurité des travailleurs. Ces outils existent déjà dans certaines entreprises québécoises.
C'est le cas de Nordia/NQX, qui exploite un centre d'appels à Sherbrooke. Selon le syndicat local, un système d'IA analysait les appels des agents, qui devaient suivre un texte prédéfini. Le système rapportait ensuite les pourcentages d'erreurs à l'employeur. Bien que les textes aient toujours existé, les mesures disciplinaires se sont multipliées après l'implantation du système. En février dernier, 77 employés ont été mis à pied. Un grief pour surveillance par intelligence artificielle a été déposé en août 2025.
Annick Charette, présidente de la Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC–CSN), dénonce ce type de surveillance sans jugement humain. Elle reconnaît cependant l'utilité du guide du gouvernement : « Je pense que c'est essentiel qu'il y ait dialogue sur l'utilisation de l'IA dans les milieux de travail. Ça ne peut pas juste être du top down. »
Une approche différente du fédéral
Xavier Parent-Rocheleau, professeur au Département de gestion des ressources humaines de HEC Montréal, salue le travail du gouvernement québécois. Le guide propose une approche « responsable » qui reconnaît à la fois les bénéfices et les risques de la technologie pour les entreprises et leurs travailleurs.
Il souligne que c'est la première fois qu'un document officiel mentionne les risques spécifiques associés à la gestion algorithmique. L'accent mis sur le dialogue social et la participation des travailleurs au processus de décision est « fondamental ».
Le professeur compare ce guide avec la Stratégie nationale en matière d'intelligence artificielle du Canada, proposée par le premier ministre Mark Carney. Le message fédéral est clair : « Il faut implanter l'IA à tout prix, sinon votre entreprise ne survivra pas. » Selon Parent-Rocheleau, la stratégie fédérale a été écrite par l'industrie et pour l'industrie, avec une approche « technosolutionniste ».
Le document québécois, à son avis, est « largement plus réfléchi et plus étoffé que la stratégie fédérale ».
Le contexte national
Ottawa vise à faire passer le pourcentage d'entreprises ayant adopté l'IA de 12 % en 2025 à 60 % en 2034. Face à cet engouement, le moment est idéal pour proposer un cadre non contraignant qui encadre le déploiement de ces nouveaux outils, estime le chercheur.
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